lundi 18 janvier 2021

Installer un Paysan-Boulanger en Gironde...

Quid d'un projet Inter-Amap sur le long terme ? 

C’est en grande partie grâce à Elodie Aubert, Paysanne-Boulangère établie à Saint-Vivien-de-Médoc, que j’ai créé Castelamap, l’Amap de Castelnau-de-Médoc (33) en octobre 2008.

De mon côté, j’achetais son pain bio sur le marché de la commune, et ne pouvant m’y rendre chaque week-end, j'en avait par ailleurs assez de consommer des légumes du commerce qui ne me satisfaisaient pas.

De son côté, elle souhaitait supprimer le lointain marché de Castelnau-de-Médoc de sa tournée, et m’avait parlé de la volonté de ses parents maraichers (en conversion bio) d’engager des partenariats avec des Amaps.


L'aventure était lancée, et avec Castelamap, comme ensuite au sein de l’Amap Papille Eysines, je puis affirmer que le succès de ce partenariat Paysan-Boulanger / Amaps auprès des consomm’acteurs ne s’est jamais démenti durant ces 11 années.

 

Le lien de la terre à l’assiette explique-t-il cet engouement pour les partenariats en circuit court avec un Paysan-Boulanger ?

S’il est plus évident pour les légumes, il ne l’est pas forcément pour le pain, que nous avons trop souvent pris l’habitude de consommer au fil des décennies sans connaître ni la qualité ni la provenance des farines qui le composent.

Alors oui, le lien de la terre à l’assiette et la notion de Paysan-Boulanger sont incontestablement importants aux yeux des consomm’acteurs un tant soit peu soucieux et conscients de leur alimentation.

 

Mais parfois, tout aussi solide qu’elle soit établie, la vie des producteurs et des partenariats en circuit court n’est pas un long fleuve tranquille…

 

Ainsi, au début de l’année 2020, Elodie nous fait part d’une importante décision : afin d’insuffler une nouvelle dynamique à sa vie professionnelle et personnelle, elle part suivre une formation de Formatrice en Boulangerie à Rouen pour une durée de 2 ans. Courageux projet que nombre d’Amaps ont salué.

Elle met en vente sa ferme et son fournil de Gaillan-en-Médoc, mais permet à Sarah Challe et Edouard Touchais – deux jeunes boulangers tout juste diplômés de l'EFBPA Christian VABRET d'Aurillac – de s’y installer temporairement et de reprendre ses partenariats Amaps (via la structure Epilibre) au début du mois de mai 2020.

Par ailleurs, c’est Gaylord, le frère d’Elodie, qui reprend la ferme maraichère de leurs parents ainsi que ses activités de culture céréalière et de production de farine (via la structure Graines de Mattes).

 

A ce stade, il apparaît déjà que la notion de ‘Paysan-Boulanger’ n’est plus en mesure de s’appliquer à ces 2 nouvelles et distinctes structures, l’une produisant le pain à partir de farines issues de céréales cultivées par l’autre.

Mais l’esprit et la continuité des Champs d’Elodie sont assurés, et les Amaps partenaires suivent, heureuses de permettre à de jeunes boulangers de démarrer leur activité, tout en continuant à bénéficier du savoir-faire et de la qualité de production mis en place durant toutes ces années…

 

Durant l’été 2020, Sarah et Edouard cherchent un futur point de chute pour exercer leur activité, mais les opportunités ne sont pas légion autour de Bordeaux. Aussi, lorsqu’ils sont amenés à quitter le fournil de Gaillan-en-Médoc fin 2020, l’avenir des partenariats Amaps initiés par Elodie s’obscurcit.

Malgré la solidarité des partenaires Amaps et l’étude début 2021 d’une solution de location et d’aménagement d’un local à Castelnau-de-Médoc, Sarah et Edouard réalisent que ce court terme ne correspond pas au projet qu’ils espéraient mettre en place. Ils préfèrent donc stopper les partenariats Amaps, rendre les chèques non encaissés et élargir leur recherche de ferme avec terrain et dépendances à d’autres régions.

 

Ainsi, quels que soient les projets du futur acquéreur du Fournil de Gaillan-en-Médoc, le constat est rude : il manque désormais un Paysan-Boulanger en Gironde…

 

Que faire ? 

Pour les Amaps se retrouvant sans contrat Pain, pallier ce fameux court terme et combler le vide ainsi créé par la recherche de nouveaux partenariats Pain est bien sûr tentant. En tant que coordinateur Pain de l’Amap Papille Eysines, j’ai moi-même pris quelques contacts en fin de semaine dernière avec plusieurs boulangers autour de Bordeaux, avec quelques jours de retard sur les autres (Amaps) et le stress qui va avec…

 

Mais est-ce vraiment ce que les consomm’acteurs attendent ? 

Du court terme coûte que coûte ? 

 

Les Amaps ont vu leur nombre exploser en Gironde depuis plus de 10 ans, et c’est plutôt l’excellent indicateur d’une prise de conscience positive vis-à-vis de nos habitudes de consommation. Mais les capacités de production ne sont pas toujours en mesure de suivre cette nouvelle demande, malgré toute la bonne volonté de producteurs motivés, alors même que l’étalement urbain grignote sans cesse un peu plus les terres qu’ils cultivent.

 

Et si nous regardions plus loin que le court terme ?

Et si l’arrêt des Partenariats Pain tel que décrit plus haut était justement le signal de la nécessité d’élaborer un projet qui aille au-delà de celui consistant à établir un partenariat Pain ?

Un projet Inter-Amap qui permette de recréer ce précieux lien de la terre à l’assiette : l’installation d’un nouveau Paysan-Boulanger en Gironde… 

Avec à la clé une implication collective dans le maintien des terres agricoles et de nouveaux partenariats Pain garants d’une consomm’action durable et qualitative.

 

Les solutions existent, via le Réseau Terre de Liens notamment, et les exemples se multiplient sur le territoire national.

Certes, je suis bien conscient qu’il s’agit d’un axe de réflexion ambitieux sur le moyen voire le long terme, mais il mérite selon moi d’être exploré...


Vous vous sentez concernés ?

N'hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous.

 

Bien à vous

Richard Bonnet

Coordinateur Pain

Amap Papille Eysines

4 commentaires:

  1. Bonjour Richard,

    je joins deux articles glanés sur le net, qui pourront peut-être étayer cette réflexion nécessaire (tu as sans doute déjà connaissance de ces expériences/reconversions…)

    https://www.sudouest.fr/2018/02/18/le-petrin-par-conviction-4210877-2882.php
    http://panier.tourterelles.free.fr/amap/?p=1906

    n'hésite pas à me contacter si tu veux constituer une équipe pour réfléchir à tout ça.
    à bientôt
    thierry Pandelé

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  2. Bonjour Richard, enthousiasmée par ton idée, je me mets aussi sur les rangs pour une réflexion collective. Et j'en ai touché deux mots à mon Club Cigales, les clubs d'investisseurs citoyens pouvant être des partenaires interessants si nous arrivons à avancer sur cette idée. Du long terme sans doute, mais tellement nécessaire ! A très vite ! Dominique B

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  3. Bonsoir Richard,
    Merci à toi pour le partage de cette réflexion.
    J'ai pour ma part d'abord souhaité que l'AMAP puisse rapidement trouver une solution de repli tant le bon pain de Sarah et Édouard nous manque.. Nous nous sommes aperçus que trouver du pain de qualité équivalente n'est pas chose facile et cela a bien souvent un coût supérieur à celui que nous avions via l'AMAP, pour des produits dont nous ne connaissons ni la composition ni la provenance..
    Ce que tu proposes me parait plus pérenne et surtout plus en adéquation avec les valeurs de l'AMAP : que l'on puisse s'investir pour aider à l'installation d'un.e paysan.ne boulanger.e serait une belle occasion de mieux connaitre ce métier, ses difficultés, ses bienfaits, qu'ils soient pour notre santé via la qualité des produits façonnés ou pour répondre aux défis d'aujourd'hui, comme retourner vers des schémas de consommations locales.
    Ce serait aussi une belle main tendue aux personnes qui ont le désir et le courage de se lancer dans ce métier que j'imagine difficile.
    Je suis intéressé pour me joindre aux réflexions et initiatives sur le sujet :)
    A bientôt,

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  4. Je suis tout à fait d'accord avec ce projet et je soutiendrai même si je devrais déménager bientôt dans le sud gironde et quitter mon amap. Il ne serait alors pas exclu d'en créer une sur mon territoire et d'avoir le désir de retrouver ce bon pain...

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